Les secrets de l’Aston-Martin DB5 de James Bond

Publié le mar 03/09/2019 - 10:29 . Mis à jour le ven 20/09/2019 - 13:03. par Jean-Luc Moreau

Face au succès des rééditions de modèles mythiques, Aston-Martin lance la production de 28 exemplaires de la légendaire DB5 de James Bond. Ces « Goldfinger Continuation » reprennent bien évidemment les gadgets célèbres de la voiture du film. Mais connaissez-vous leur histoire ?

Aston-Martin DB5 film Goldfinger
Crédit photo :
Eon Productions
Voir les photos

Votre Bentley a fait son temps ! Le service vous attribue cette Aston-Martin DB5 modifiée… 

Ces paroles de Q introduisent un modèle qui deviendra « la voiture la plus célèbre de la planète »

En 1964, dans Goldfinger, l’Aston-Martin DB5 séduit le public par son sex-appeal mais aussi son armada de gadgets dont le fameux siège éjectable. C’est la première fois dans un film d’action que l’on a recours à de tels effets spéciaux. Ils sont dus à John Stears qui sera d’ailleurs récompensé par deux oscars : l’un pour le 4ème volet des aventures cinématographiques de James Bond, « Thunderball », et l’autre pour le premier épisode de la saga « Star Wars ». Mais il faut rendre à César ce qui lui appartient : l’idée de base des gadgets était déjà celle de Ian Fleming, le créateur de James Bond.

Aston-Martin DB5 film Goldfinger
Crédit photo :
Aston-Martin Ltd

Dans le roman, la voiture de Bond s’apparente à une DB MKIII

Dans son remarquable ouvrage « High Performance, when Britain Rule the roads », Peter Grimsdale raconte quelles ont été les sources d’inspiration pour Fleming. Sans que l’on sache avec certitude si le romancier britannique a effectivement rencontré Philip Ingram Cunliffe-Lister, un ancien pilote de Spitfire, il est certain qu’il a été en contact avec l’Aston-Martin très spéciale de ce dernier. Sa DB 2/4  MKI possédait des pare-chocs en acier renforcé, des casiers dissimulés (avec des armes), un système d’allumage robuste et antiparasité, une radio bidirectionnelle et un kit de chronométrage de compétition Halda Speedpilot. Des caractéristiques qui font penser à la voiture de Bond dans le roman Goldfinger.

Aston Martin DB MKIII
Le récit de Ian Fleming parle d’une DB3 mais la description de la voiture fait plus penser à une DB MKIII, un modèle que l’auteur appréciait particulièrement.
Crédit photo :
Courtesy of RM Auctions

Dans ce 7e opus des aventures de 007, l’espion conduit une Aston-Martin (DB3 d’après le texte mais plus dans l’esprit d’une DB MK III) comportant quelques gadgets. Il y a des interrupteurs pour modifier le type et la couleur des feux avant et arrière afin que Bond échappe à ses poursuivants de nuit. Les pare-chocs sont en acier renforcé, à l’avant et à l’arrière, au cas où il aurait besoin « d’écarter » un autre véhicule. Un Colt 45 à canon long est placé dans un compartiment secret sous le siège du conducteur…

Aston-Martin DB5 tiroir armes
Le tiroir secret contenant des armes est inspiré de faits réels
Crédit photo :
Simon Clay ©2019 Courtesy of RM Sotheby's
La fabuleuse histoire de l’Aston-Martin DB5 de James Bond

Ken Adam, en charge des décors sur le tournage de Goldfinger, est un passionné d’automobiles. Dans l’esprit du roman, il veut développer l’idée des gadgets dans la voiture de 007. Pour lui, ce ne doit pas être une simple voiture mais une arme secrète. Dans l’équipe, tout le monde se lâche pour apporter sa contribution à la liste des équipements. Ainsi, le réalisateur Guy Hamilton, qui a tendance à accumuler des contraventions de stationnement, propose l’idée de la plaque d'immatriculation rotative.

Aston-Martin DB5 plaques rotatives
Les plaques rotatives sont une idée du réalisateur
Crédit photo :
shooterz.biz ©2010 Courtesy of RM Auctions
Aston-Martin DB5 plaques rotatives

John Stears, responsable des effets spéciaux, dessine la voiture avec des mitraillettes à l’avant et à l’arrière, des pare-chocs béliers escamotables, à l’avant et à l’arrière ainsi que des extensions latérales de ces mêmes pare-chocs, également aux deux extrémités de la voiture. Outre les vitres pare-balles, un blindage basculant protège la lunette arrière des projectiles les plus puissants. L’auto peut aussi projeter un écran de fumée ou un jet d’huile, dissimulés sous les feux arrière. Il y a un téléphone dans la porte conducteur et un plateau avec des armes sous le siège. Il y a un radar aérien et un écran dissimulé dans la console centrale qui permet de localiser un petit traceur implanté sur le véhicule ou la personne à suivre.

Aston-Martin DB5 dessin
Les dessins prévoyaient un projecteur sur le toit, des pare-chocs avec des extensions comme des faux ou des mitrailleuses dans la calandre
Crédit photo :
Aston-Martin Ltd
Aston-Martin DB5 dessin
Si l’on en croit ce schéma, la commande du siège éjectable, normalement située dans le pommeau du levier de vitesse, possède un second bouton au tableau de bord
Crédit photo :
Aston-Martin Ltd

Ken Adam a aussi l’idée d’un siège éjectable. Cependant, le plancher de la voiture n’est pas assez solide pour résister à une explosion capable d’éjecter le siège. Un système avec une bonbonne d’air comprimé est donc mis au point. Il propulsera de toute façon un mannequin beaucoup plus léger qu’un être humain…

Aston-Martin DB5 siège éjectable
Crédit photo :
shooterz.biz ©2010 Courtesy of RM Auctions
« Un siège éjectable ?» S'exclama Bond avec un sourire. « Tu rigoles?! » «Je ne plaisante pas à propos de mon travail, 007», rétorqua Q, mortellement sérieux.
Aston-Martin DB5 siège éjectable
Le siège éjectable fait appel à un système pneumatique. La bonbonne d’air comprimé est installée dans le coffre
Crédit photo :
Simon Clay ©2019 Courtesy of RM Sotheby's;

La confection de cet arsenal impose d’ailleurs des modifications : le système des pare-chocs est simplifié, les mitraillettes arrière sont supprimées mais on ajoute des « ouvre-boîte » télescopiques sur les moyeux de roues. Tout n’est pas vraiment fonctionnel mais la magie du cinéma fait le reste.

Aston-Martin DB5 moyeux de roues télescopiques
Les moyeux de roues télescopiques sont destinés à crever les pneus des voitures prises en chasse
Crédit photo :
shooterz.biz ©2010 Courtesy of RM Auctions

James Bond sauve Aston-Martin de la faillite !

Le succès retentissant de Goldfinger rejaillit évidemment sur Aston Martin. La marque bénéficie  d'une promotion gratuite dans le monde entier, après, mais aussi avant même la fin du tournage. Par exemple, Paul McCartney qui passe dans les studios de Pinewood est séduit par la DB5. Il en commande immédiatement une, qu’on lui livre discrètement. Et il n’est pas le seul. Après la sortie de Goldfinger, Aston-Martin enregistre plus de 50 commandes de DB5 par semaine. Malheureusement, la production plafonne à 11 exemplaires par semaine. Mais la légende est en marche !

Aston-Martin DB5 Paul McCartney
Grâce à James Bond, Paul McCartney succombe lui aussi aux charmes de l’Aston-Martin DB5. Sa voiture a été vendue aux enchères 1 345 500 £ par Bonhams en 2017
Crédit photo :
Courtesy of RM Sotheby's;

Elle se perpétue aujourd’hui puisque la vénérable marque britannique (en collaboration avec EON productions) a entrepris la construction de 28 nouvelles DB5 en configuration Goldfinger (25 destinées à la vente, une pour EON, une pour Aston-Martin et une qui sera mise aux enchères au profit d’œuvres caritatives). Ces exemplaires, baptisés « Goldfinger Continuation » sont assemblés à l'usine Aston Martin de Newport Pagnell, le lieu de naissance d'origine de la DB5.

Aston-Martin DB5 Goldfinger Continuation
Crédit photo :
Aston-Martin Ltd

C’est Chris Corbould, superviseur des effets spéciaux des 8 précédents films de James Bond, qui a été chargé de recréer les gadgets de la voiture. Une tâche pas si facile que ça car, cette fois, les équipements doivent être fonctionnels… ou presque (on imagine mal de vraies mitrailleuses). De toute façon, ces véhicules n’ont pas le droit de circuler sur la route ! D’ailleurs, qui oserait le faire puisqu’elles sont tout de même facturées 2,75 millions de livres sterling hors-taxes l’unité !

Aston-Martin DB5 Goldfinger Continuation
Crédit photo :
Aston-Martin Ltd
Aston-Martin DB5 Goldfinger Continuation
Crédit photo :
Aston-Martin Ltd
Les 13 gadgets « secrets » de l’Aston-Martin DB5 de 007
  • Butoirs de pare-chocs (avant et arrière) télescopiques
    Plaques rotatives avec trois immatriculations différentes (Grande-Bretagne, France, Suisse)
    Mitraillettes Browning dissimulées derrière les feux de position avant
    vitres à l’épreuve des balles et plaque de blindage escamotable pour protéger la lunette arrière
    Système de jet d’huile dissimulé derrière le feu arrière gauche
    Diffuseur d’écran de fumée
    Éjecteur de clous 4 pointes (caltrop) derrière le feu arrière droit
    Écrous tranchants télescopiques montés sur les moyeux de roues arrière
    Système de visée dans le rétroviseur gauche
    Siège passager éjectable avec toit amovible
    Système radar avec Homer (émetteur de localisation)
    Téléphone dans la porte passager (de la science-fiction à l’époque…)
    Tiroir secret sous le siège contenant une grenade, un couteau de lancer et un pistolet Mauser C96
à lire aussi