Quelle essence pour une ancienne ?

Publié le mar 09/07/2019 - 14:21 . Mis à jour le mer 16/10/2019 - 13:56. par Jean-Luc Moreau

Que ce soit pour une « classic » ou une youngtimer, il ne faut pas faire n’importe quoi lorsqu’on fait le plein. Respecter les conseils qui suivent devrait vous permettre d’éviter la panne

Riley Sprite 12/4 1936
Plus un véhicule est âgé plus le choix du carburant doit être rigoureux, les essences « modernes » pouvant se révéler « toxiques » pour les anciennes
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Même si l’on parle toujours d’essence, les supercarburants actuels n’ont plus grand-chose à voir avec le super plombé de notre enfance. Leur formulation est différente. Ils contiennent en particulier de l’éthanol (ou dérivé) dans des proportions plus ou moins fortes :

  • SP 95 : jusqu’à 7,5 % d’éthanol
  • SP 98 : 15 % d’ETBE, résultant de la réaction chimique entre l’éthanol (47% en volume) et l’isobutylène (53% en volume) 
  • SP 95 E 10 : 10 % d’éthanol

L’ennemi des vieilles bagnoles : c’est l’alcool !

Si les véhicules modernes sont conçus pour résister à l’éthanol, ce n’est pas le cas des véhicules anciens. Ce biocarburant pose alors de sérieux problèmes. Le premier c’est son affinité pour l’eau. Il est hydrophile, contrairement à l’essence qui est anhydre, c’est à dire qu’elle ne peut pas contenir d’eau. De fait, l’eau contenue dans l’éthanol peut provoquer de la corrosion interne dans le moteur ou la pompe à essence, le réservoir ou les canalisations métalliques.

Pompe SP95 E10 et SP 98

Par ailleurs, l’alcool n’est pas sans effet pour la santé des caoutchoucs (et pour la santé tout court…). Caoutchouc naturel, polyuréthanne, PVC, méthyl méthacrylates, certains thermo plastiques et thermopolymères ne supportent pas son contact prolongé. C’est aussi le cas pour le cuir ou les joints en liège, mais aussi le zinc, le cuivre, l’aluminium le plomb et l’étain… Le tout étant de savoir ce que signifie « prolongé ». C’est un peu comme le temps de refroidissement du fût du canon cher à Fernand Reynaud… Le sujet de la compatibilité avec l’éthanol est d’ailleurs si complexe que les durits sont souvent « multicouches » afin de résister à la fois à l’alcool et à l’essence.

Pour éviter tout risque, on considère que seuls les véhicules fabriqués après l’an 2000 sont compatibles avec l’éthanol.

Donc : pas de SP95 E10 ni même de SP95 dans tous les Youngtimers et les Classics !

 

Seul salut : le SP 98…avec des précautions !

Le SP 98 ne contient pas d’éthanol pur. Il est remplacé par de l’ETBE (éther éthyle tertiobutyle). Contrairement à l'éthanol, cet additif ne favorise pas l'évaporation des carburants et n'absorbe pas l'humidité de l'air. Il est donc presque sans danger pour les circuits d’alimentation des vieilles voitures. Presque, car il possède de fortes propriétés détergentes et dissolvantes. Gare à la remise en route des « sorties de grange » !

Pompe SP 98
Si votre voiture date d’avant l’an 2000, la seule essence « compatible » est le SP 98
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Le taux d’octane du SP 98 est de…98 minimum. C’est largement suffisant pour remplacer le « super 97 », à 97 d’octane, commercialisé autrefois. Il n’y a aucun risque de cliquetis avec ce carburant (si l’avance à l’allumage est correctement réglée), même sur les moteurs les plus sportifs. Mais attention, contrairement au « super 97 » il ne contient plus de plomb, ni d’additif à base de potassium pour éviter la récession des sièges de soupapes. Il faut donc être prudent avec certains moteurs.

Les possesseurs de voitures qui ont longtemps roulé au super plombé peuvent, si l’on en croit le discours des pétroliers, utiliser du SP 98, sans risques de dommages mécaniques.

L’explication vient du fameux “effet mémoire”. L’utilisation prolongée du super plombé a en effet modifié la structure superficielle des sièges de soupapes en déposant une couche protectrice de bromure de plomb. Les sièges de soupapes sont alors suffisamment résistants pour supporter les nouveaux carburants. Toutefois, le phénomène de récession n’est que retardé (suivant les estimations, il reste du plomb pendant 10 à 20.000 km).

Parade 120 ans Mondial de l'auto
Si une auto a roulé longtemps à l'essence plombée, le plomb, toujours présent sur les pièces, protège le moteur pendant quelques dizaines de milliers de kilomètres
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Bernard Rouffignac/ Citroën
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Même si c’est plus onéreux, il est préférable, dans un moteur qui n’est pas prévu dès le départ pour rouler au super sans plomb, d’ajouter un additif anti récession de sièges de soupapes à base de potassium. En cas de réfection, on peut aussi envisager de convertir la culasse (ou les) au sans plomb. Une solution définitive et sécurisante !

Enfin, même s’il se conserve mieux que le SP 95 et surtout que le SP 95 E10, le SP 98 n’a pas une durée de vie éternelle. Il commence à perdre de ses qualités au bout de 6 mois et il devient risqué de le conserver plus d’un an. Des additifs spécifiques améliorent sa conservation. On prendra soin d’en ajouter si la voiture ne roule pas fréquemment. On peut aussi opter pour un additif au potassium contenant un stabilisateur de carburant. En moyenne, la durée de vie est alors doublée.

Dans la mesure du possible il faut aussi privilégier l’usage des carburants « premium » des pétroliers dans les voitures anciennes. Aucune obligation n’est faite aux compagnies pétrolières d’incorporer des additifs à leurs carburants. Non seulement certains distributeurs n’en incorporent pas, mais lorsque c’est le cas, les solutions retenues sont spécifiques : c’est pourquoi de grandes différences peuvent exister, pour un même carburant, d’une marque à l’autre. Car l’ajout d’un additif n’a rien de superflu, bien au contraire : c’est un gage de qualité !

Que retenir ?
  • Le SP 98 est le seul salut pour les voitures antérieures à l’an 2000. Il est moins « agressif » et se conserve mieux que le SP95 et surtout que le SP95 E10. Sur les modèles les plus anciens, il nécessite cependant l’adjonction d’un additif au potassium et, si la voiture roule peu, d’un stabilisateur de carburant.
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