Quelle huile moteur pour une voiture de collection ?

Publié le mar 09/07/2019 - 16:12 . Mis à jour le lun 23/09/2019 - 16:09. par Jean-Luc Moreau

Aujourd’hui, les fabricants de lubrifiants proposent de vastes gammes à même de répondre aux exigences des voitures de collection, quel que soit leur âge. Cependant, pour faire le bon choix, il est nécessaire de comprendre certaines choses

Porsche 911 et Mini
Crédit photo :
Porsche AG

Considérant que « qui peut le plus peut le moins », beaucoup de propriétaires de voitures de collection pensent bien faire en utilisant des lubrifiants de synthèse modernes dans leurs voitures anciennes. Cela peut être un bon choix mais cela peut aussi être une erreur lourde de conséquences.

  • Des détergents inadéquats peuvent provoquer l’accrochage de gommes et de laques sur les composants plus chauds du moteur, ainsi que le blocage des galeries d’huile.
  • Une trop grande quantité de détergent peut provoquer une accumulation de cendres métalliques dans les chambres de combustion et les têtes de piston. Dans les moteurs plus anciens avec une consommation d'huile traditionnellement élevée, cela peut provoquer une détonation
  • Un antioxydant insuffisant et l'huile peut s'épaissir rapidement à chaud, avec de grandes quantités de carbone, de gomme et de vernis obstruant les galeries d'huile, les filtres et les segments de piston.
  • Des additifs anti-usure sont ajoutés pour garantir que, si le film d'huile entre les pièces mobiles se décompose prématurément, le contact métal sur métal et les dommages irréparables au moteur sont évités.
  • Les composants internes du moteur peuvent être affectés par la corrosion et la rouille dues aux acides et à la vapeur d'eau formés lors de la combustion. Avec les bons inhibiteurs de corrosion, les composants sont bien protégés.
remplissage huile
Crédit photo :
Jean-Luc Moreau
le choix du bon lubrifiant doit se faire en fonction du véhicule (marque, modèle, âge), de son utilisation et de la date de son éventuelle restauration moteur

Avant 1950

Les voitures les plus anciennes doivent utiliser un lubrifiant minéral monograde dont le niveau de détergence est faible. En effet, sur les moteurs très anciens, des dépôts de carbone se sont formés au fil du temps à l’intérieur du bloc. Bien souvent ils contribuent à l’étanchéité. Utiliser une huile détergente se traduira donc, à minima, par l’apparition de fuites et, au pire, par une casse moteur. En remettant les dépôts en suspension, une huile détergente risque en effet de provoquer l’obstruction de la crépine de pompe à huile. Un cas de figure mortel !

Une huile détergente peut aussi endommager les joints en papier, feutre ou tissu. Enfin, certains additifs ne sont pas forcément compatibles avec les métaux non-ferreux tels que le laiton, le bronze ou le cuivre, fréquemment utilisés dans les vieux moteurs.

Ford T
Les huiles modernes peuvent endommager les joints et les métaux utilisés dans des moteurs très anciens
Crédit photo :
Jean-Luc Moreau

Les huiles monogramme présentes aujourd’hui sur le marché sont en général disponibles dans 3 niveaux de viscosité : SAE 30, SAE 40 et SAE 50.

La première (SAE 30) est la plus fluide, elle est donc plus adaptée l’hiver lorsque les températures sont basses. Il est en effet essentiel d’avoir une huile moteur fluide afin qu’elle soit pompée plus facilement par la pompe à huile. Une huile trop épaisse pourrait à la limite empêcher le démarrage. Le moteur n’étant pas soumis à des températures de fonctionnement élevées l’hiver, ce lubrifiant n’a pas besoin d’une grande résistance à la chaleur.

La SAE 50 doit être utilisée l’été car elle est plus visqueuse (ce qui ne pose pas de problème de démarrage en période estivale) et résiste mieux à des températures de fonctionnement plus élevées.

La SAE 40 est une proposition intermédiaire qui évite de faire deux vidanges par an.

Attention : il faut impérativement que les grades de viscosité utilisés soient autorisés par le constructeur, ce que l’on peut vérifier dans le carnet d’entretien ou sur les sites Internet des fabricants d’huile.

En règle générale, pour les véhicules d’avant 1950, les lubrifiants synthétiques sont à proscrire. Toutefois on peut utiliser une huile minérale multigrade 20 W-50 si le moteur a été refait il y a moins de 20 ans avec des joints « modernes ».

De 1950 à 1960

Les progrès de la métallurgie des moteurs permettent d’utiliser une huile minérale multigrade. Ce type de lubrifiant a été une révolution puisqu’il dispense de faire une vidange tous les 6 mois. Son niveau de détergence est moyen. On distingue une huile multi grâce à deux chiffres :

  • Le premier indique le grade de viscosité à froid (pour le démarrage moteur). Il est suivi du « W » pour winter (hiver). Plus ce chiffre est bas plus l’huile est fluide à froid.
  • Le second indique le grade de viscosité à chaud (pour la protection moteur)
huile Castrol 20 W 50 Classic

 

L’huile minérale multigrade la plus courante est la 20W-50 qui offre l’avantage d’être suffisamment fluide à froid pour le démarrage moteur et suffisamment visqueuse à chaud pour assurer sa protection.

Une huile 20W-60 sera un peu plus visqueuse et s’adressera à des moteurs dont la segmentation est fatiguée.

À l’inverse, une 15W-40, plus « légère », conviendra bien à des moteur alertes comme le « Bialbero » Alfa-Romeo

Si le moteur a fait l’objet d’une restauration récente, on peut utiliser une huile semi-synthétique, voire synthétique, mais toujours dans les grades préconisés par le constructeur.

 

Après 1970

Sur ces moteurs il est possible d’utiliser des huiles avec un niveau de détergence dit « moderne ». C’est là qu’entre en scène la semi-synthétique. En fait, une appellation marketing inventée par Motul en 1966 pour la 2100 Century 15W-50.

Il s’agit en fait d’une base minérale à laquelle sont ajoutés des additifs synthétiques qui vont améliorer le pouvoir lubrifiant, maintenir une viscosité élevée, garantir une meilleure résistance à la température, ralentir l’oxydation et donc le vieillissement de l’huile (meilleure durée de vie) et diminuer sa volatilité (consommation d’huile).

Huile Motul 2100
C'est Motul qui a inventé l'huile semi-synthétique à la fin des années 60
Crédit photo :
Jean-Luc Moreau

Il existe aussi des huiles synthétiques spécifiques aux Youngtimers (Elf HTX Chrono 10W-60) ou des huiles de compétition (gamme Motul 300 V) adaptées aux modèles de course ou aux moteurs restaurés et préparés.

Sur les modèles équipés de catalyseurs, il est préférable d’utiliser des huiles modernes dont la formulation préserve le bon fonctionnement des systèmes de post traitement des gaz d’échappement.

On prendra également soin d’adopter une huile avec un grade plus élevé lorsqu’on dispose d’un kit d’admission directe et d’une ligne d’échappement plus « libre », sinon la consommation d’huile sera trop importante.

Audi Quattro
Sur les Youngtimer, la présence d’un turbo et/ou d’un catalyseur conditionne le choix de l’huile moteur
Crédit photo :
Audi

Quels fabricants ?

Les pétroliers et les huiliers sont de plus en plus nombreux à proposer des gammes de lubrifiants « Classic » et « Youngtimer ». En Europe on trouve facilement :

  • CASTROL gamme Classique
  • MOTUL gamme Classic et 300V
  • ELF gamme HTX Classic cars
  • IGOL gamme HERITAGE
  • YACCO gamme LEGENDE
  • KROON OIL gamme Classique
  • DYNOLITE gamme Classic Motor
  • PENRITE OIL gamme Vintage/Classic
  • MILLERS OILS gamme Classic
différents bidons d'huile
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Jean-Luc Moreau
Une vidange par an !
  • Même si les huiles minérales ont fait de gros progrès par rapport à celles des années 60 et si les huiles synthétiques sont, a priori, d’une plus grande durabilité, il est souhaitable de faire une vidange par an, surtout si l’on roule peu. En effet, à l’arrêt, le lubrifiant se charge en humidité (condensation dans le moteur). Or, lorsqu’on ne roule pas assez et que l’huile ne chauffe pas suffisamment souvent pour évaporer cette eau, le lubrifiant s’oxyde rapidement et perd ses qualités… lubrifiantes !
    Il faut aussi respecter le plus scrupuleusement possible l’intervalle de vidange préconisée par le constructeur car chaque moteur oxyde l’huile de façon différente
    Pensez aussi que, dans son bidon scellé, une huile ne se conserve pas plus de 3 ans…
    Bonne route !
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