Essai Volvo 1800 S (S) 1969 : dans le saint du Saint

Publié le lun 19/08/2019 - 12:43 . Mis à jour le jeu 17/10/2019 - 15:17. par Jean-Luc Moreau

Avec sa ligne et sa planche de bord dignes d’un concept car, la Volvo du « Saint » attire les regards. Cette version dotée d’un moteur 2 l à carburateurs y ajoute un peu de tempérament. Mais, est-ce pour autant une concurrente des Aston-Martin ou des Ferrari comme la marque suédoise le prétendait (avec ironie) à l’époque ?

Volvo 1800 S 1968
C’est Pelle Petterson, le propre fils du directeur du projet chez Volvo, qui a dessiné cette ligne éblouissante pour le compte du carrossier italien Frua
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Elle est tout simplement sublime dans sa livrée blanc perle, chaussée de jantes Minilite qui lui donnent un petit air sportif. Avec son intérieur rouge, c’est exactement la réplique d’une des P1800 utilisées par Roger Moore dans la série TV « le Saint ». On ne peut d’ailleurs s’empêcher de s’imaginer dans la peau de Simon Templar, avec en tête la fameuse musique du générique écrite par Edwin Astley. Et puis cette auréole au-dessus de ma tête me va si bien… En tout cas, Pelle Petterson (à qui l’on doit la ligne de ce coupé Volvo du début des années 60) a été bien inspiré. Ses patrons aussi, eux qui ont pris le risque de commercialiser ce qui n’est finalement qu’un concept-car.

Volvo P1800 : l'histoire de la plus British des suédoises
Volvo 1800 S 1968
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Volvo 1800 S 1968
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L’ensemble ne manque pas d’élégance avec cette ligne de toit fuyante et cette poupe flanquée de deux ailerons
Volvo 1800 S 1968
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C’est une Ferrari ?

Par rapport aux premières P1800, notre exemplaire, de fin 1968, s’appelle 1800 S car il était fabriqué en Suède et non plus en Angleterre. Il ne possède plus le pare-chocs avant en « cornes de vache » ni la baguette latérale chromée en crosse de hockey. Son pare-chocs droit avec un joint en caoutchouc est plus quelconque… mais aussi plus efficace. Quant à la baguette latérale, désormais droite, qui court jusqu’à l’aile arrière, c’est une affaire de goût. L’ensemble ne manque de toute façon pas d’élégance avec cette ligne de toit fuyante et cette poupe flanquée de deux ailerons. Il y a juste ce qu’il faut de chrome pour faire chic sans faire ostentatoire. D’ailleurs, ceux qui ne connaissent pas la P1800 sont en général surpris quand on leur dit qu’il s’agit d’une Volvo ancienne. Ah bon ? On dirait une Ferrari ! Ou une Aston-Martin… Voir une BMW 507, ajoutent les plus érudits.

Volvo 1800 S 1968
Ce modèle a perdu les beaux pare-chocs avant en "corne de vache" au profit d'un élément plus quelconque mais aussi à la protection plus efficace
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Jean-Luc Moreau

Un coupé 4 places… pour 2 !

Monter à bord ne rompt pas le charme bien au contraire. Il y a d’abord cette impression de solidité qu’inspire la lourde porte et le son mat qu’elle produit quand on la ferme. Puis, on pénètre dans un univers de luxe insoupçonné. Il faut dire que notre modèle d’essai est au-dessus des standards de l’époque. Un cuir pleine fleur rouge habille non seulement les sièges mais aussi la banquette arrière et tous les panneaux latéraux (ils étaient en skaï à l’origine). La moquette rouge est en pure laine gansée de cuir. C’est tout simplement sublime.

Volvo 1800 S 1968
Les sièges, en cuir, offrent un confort d’assise rare à l’époque. En revanche la banquette arrière n’est que symbolique
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Les sièges avant sont « pullman » mais la banquette arrière est très inconfortable
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La planche de bord est une des plus belles de toute l’histoire de l’automobile
Volvo 1800 S 1968
Le fond sur lequel reposent les compteurs est une vraie plaque d’aluminium. Aujourd’hui c’est une pièce quasiment introuvable car trop onéreuse à refabriquer.
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La planche de bord mérite aussi des éloges. C’est sans nul doute une des plus belles de toute l’histoire de l’automobile. Elle est divisée en deux niveaux qui se parent de bandeaux en (vrai) aluminium. L’instrumentation semble comme posée sur ces derniers. Il s’agit de compteurs chromés Smith à fond bleu qui disparaîtront, hélas, à partir de 1970, sur les versions à injection.

Au centre, de gauche à droite on trouve : le niveau d’essence, la pression d’huile et la pendule. Face au conducteur, deux afficheurs verticaux indiquent, en haut, la température d’eau (ruban jaune) et, en bas, celle de l’huile (ruban bleu). De part et d’autre se trouvent, à gauche, le compte-tours et à droite le tachymètre.

A l’intérieur, l’impression de relief est donnée par les graduations qui sont gravées sur les vitres et non sur les fonds des compteurs. C’est pratique lorsqu’on veut passer de mph en km/h quand on ramène, par exemple, un modèle des USA. Hélas le cadran est calibré de façon étrange, tous les 40 km/h seulement, jusqu’à 200 km/h. Cette échelle incongrue n’est franchement par rassurante en ces temps de « chasse aux délinquants de la route qui dépassent la vitesse limite de 1 km/h » !

Volvo 1800 S 1968
Les superbes compteurs Smiths à fond bleu trahissent l’origine britannique de la P1800. Ces pièces « d’horlogerie », comme les inserts en aluminium (véritable) seront, hélas, abandonnés sur les modèles à injection
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Volvo 1800 S 1968
Entorse à l’origine : le volant de sécurité (très laid) à trois branches en plastique de ce modèle 1968 a été remplacé par le volant à deux branches métalliques des versions précédentes
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Dans cet univers de bon goût et d’élégance, le volant « de sécurité » à 3 branches, apparu en 1968, faisait tache. Le propriétaire l’a donc remplacé par le modèle à deux branches en aluminium des versions précédentes. Un changement presque indispensable.

En revanche, même avec des mousses neuves et un garnissage en cuir, la banquette arrière reste très inconfortable. Volvo vendait l’auto comme un coupé « 4 places » mais n’espérez pas transporter autre chose que de petits enfants ! D’ailleurs, le dossier bascule pour y installer des bagages, ce qui est bienvenu car le coffre, encombré par la roue de secours, n’affiche que 150 l de contenance.

Volvo 1800 S 1968
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