Au lendemain de la guerre, L’argus visitait l’Allemagne

Publié le mer 31/07/2019 - 08:41 . Mis à jour le lun 16/09/2019 - 15:14. par Alexandre Neto

En juin 1945, des journalistes de L’argus parcoururent 3000 kilomètres sur les routes allemandes, et nous relatent leur parcours. Un récit inattendu.

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, L’argus envoyait deux de ses journalistes sur les routes allemandes afin de retranscrire la réalité d’un pays perdant, après avoir dominé l’Europe. Si l’article commençait par le fait que l’on “retrouve sur les routes d’Allemagne une impression comparable à celle que tant de français eurent de mai à juillet 1940”, le reste du récit porte sur la relative bonne santé du pays au sortir de la guerre, à quelques exceptions près. Rappelons que la quasi totalité de la Seconde Guerre mondiale s’est déroulée en dehors des frontières Allemandes.

En premier lieu, le journaliste précise que les hommes de 20 à 40 ans se font rares ou souffrent de graves blessures. A l’inverse, “on est frappé par le fourmillement d’enfants [...] de 12 à 16 ans”. Ces adolescents décrits comme peu aimables et visiblement mécontents de leur sort, proviennent à coup sûr des jeunesses hitlériennes démantelées. D’autre part, des hommes de diverses nationalités empruntaient ces routes : Des Russes rentrant chez eux après s’être battus en Europe, des Français libérés des camps, ainsi que des Hollandais, Belges ou encore Tchécoslovaques. Logiquement, selon le journaliste de L’argus, les expressions des allemands contrastaient avec les sourires sur les visages des travailleurs étrangers pouvant reprendre la route de leur pays.

Toujours une puissance industrielle

Sur le plan industriel, l’environnement allemand témoigne d’une surprenante bonne santé, “beaucoup d’usines et d’ateliers semblent en état de reprendre une production”. De plus, le journaliste de L’argus décrit un esprit de renaissance et de reprise d’une production normale émanant des allemands. Il écrivait : “Quant aux chefs d’entreprise, tenus de payer leurs ouvriers, ils sont impatients de produire.” ou encore, évoque “cette volonté de travail et de renaissance dont on perçoit des manifestations à longueur de journée.” Tout semble prédisposé afin que l’Allemagne puisse renaître de ses cendres. Il faut dire qu’en 1945, on ignore encore le lourd tribut européen qu’elle devra payer, ainsi que les différentes politiques économiques appliquées par les alliés sur son territoire.

L'argus alarmiste

En somme, cet article de juin 1945 témoigne d’un pays vaincu encore en bonne santé. En effet, le journaliste décrit la qualité des infrastructures et l’abondance des matières premières sur le territoire en plus du profond désir allemand de relever le pays. Par ailleurs, le papier est illustré de belles autoroutes et d’un pont saboté par les Allemands de manière superficielle pour permettre une remise en état rapide. Enfin, le journaliste choisit de conclure son article sur une citation du général Otto von Stuelpnagel, qui fut gouverneur militaire de Paris sous l’occupation : “Que peut nous faire une défaite provisoire si nous avons eu la possibilité de détruire tant d’hommes et de matériel dans les pays voisins que nous soyons arrivés à  obtenir une supériorité économique et numérique, plus grande qu'elle ne l’était avant 1939 ? Avec le butin de guerre que nous avons accumulé, avec l’affaiblissement de deux générations de nos voisins et la destruction de leur industrie, nous serons mieux placés pour conquérir dans 25 ans que nous ne l’étions en 1939”. Une citation issue du Times du 12 mars 1944 en pleine déroute de l’Allemagne. Cette phrase n’intervient pas au hasard à la fin de cet article décrivant la puissance économique préservée de l’Allemagne. Au sortir de la guerre, la méfiance était encore de mise

l'Argus du 14 juin 1945 Allemagne
Article datant de 1945 et qui relate le parcours de deux journalistes de L'argus qui parcoururent 3000 kilomètres de routes allemandes.
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