En 1946, L’argus s’impliquait dans la prévention routière

Publié le mer 28/08/2019 - 12:14 . Mis à jour le lun 16/09/2019 - 15:14. par Alexandre Neto

De mai à décembre 1946, les routes autour des grandes villes françaises virent fleurir des panneaux incitant les automobilistes à tester leurs freins. Retour sur une action menée par L’argus pour prévenir les accidents de la route.

Avant la guerre, deux camions laboratoires de la FNCAF (Fédération Nationale des Clubs Automobiles de France) accomplissaient un tour de France de la sécurité afin de déceler les voitures ayant besoin d’une révision. Une démarche nécessaire, puisque 30% des véhicules expertisés présentaient alors des défauts de freinage. Ému de ce danger, un automobiliste nommé M.François Vimont suggérait à L’argus de réaliser une série de six panneaux, incitant les automobilistes à tester leurs freins eux-mêmes. 

Le principe était simple : après trois visuels explicatifs, un écriteau proposait à l’automobiliste de se caler à la vitesse de 50km/h puis de freiner au maximum : les panneaux suivants renseignaient alors le conducteur sur l’efficacité de ses freins, en fonction de sa position lors de l’arrêt complet du véhicule. Convaincu de la pertinence de l’action, le journal prit la décision de faire réaliser ces affichages grandeur nature et de les essayer sur l’allée du Bord-de-l’Eau au Bois de Boulogne.

Une initiative renouvelée

Séduit par la présentation au Bois de Boulogne, M. Laboudigue, ingénieur des Travaux publics du département du Doubs, décida à son tour de tester les “Panneaux Vimont” sur la route nationale 67 de Pontarlier. En toute logique, l’Administration des Travaux publics émit quelques réticences à l’idée de surcharger les routes de panneaux de signalisation. Toutefois, le caractère éphémère de l’action convainquit les autorités d’accepter. Rapidement les clubs automobiles régionaux s’investirent dans la démarche, et de nombreuses villes de France virent leurs routes périphériques affublées de “Panneaux Vimont”.

La reconnaissance de l’Etat

Les félicitations de Edouard Depreux en direction de Jacques Loste

En plus de la reconnaissance du monde automobile, les félicitations se firent plus officielles. Le 12 juillet 1946, lors de la “6ème exposition de la sécurité”, Edouard Depreux, alors ministre de l’intérieur, congratulait en personne le directeur de L’argus Jacques Loste, instant immortalisé sur une photographie reproduite dans le journal. Par la suite, M. Petit, ingénieur en chef des Ponts et chaussées, confirmait l’intérêt des autorités pour le dispositif, et déclarait à L’argus le 2 janvier 1947 : “Il n’est pas douteux que le système de contrôle inauguré par les “Panneaux Vimont” (...), doit rendre des services incontestables à tous les automobilistes. Je pense qu’il faudrait renouveler ces essais et faire autour une très large publicité”

Hélas, malgré l’intérêt évident du dispositif et sa simplicité de mise en oeuvre, il ne perdurera guère dans les années qui suivent. Les décennies 50, 60 verront ainsi la mortalité routière croître de manière exponentielle dans une indifférence quasi généralisée. Il faudra attendre 1972, année marquée par 16.547 victimes de la route, pour que l’Etat mette en place une véritable politique de sécurité routière, en créant le CISR (Comité Interministériel de la Sécurité Routière).

Article d'archive portant sur l'initiative de L'argus pour promouvoir la sécurité routière
Article d'archive portant sur l'initiative de L'argus pour promouvoir la sécurité routière
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