En 1951, l’automobile accompagnait Franco dans ses ambitions politiques

Publié le mar 29/10/2019 - 11:12 . Mis à jour le mar 29/10/2019 - 11:23. par Alexandre Neto

Dans son numéro 1183 du 11 octobre 1951 dédié au Salon de Paris, L’argus présente la Pegaso Z 102, qui incarne la première voiture de l’après-guerre conçue et entièrement fabriquée en Espagne. Retour sur une volonté du régime franquiste de redorer l’image de l’industrie espagnole.

Présentée au salon de Paris en 1951, la Pegaso Z 102 portera la lourde tâche de redorer l’image de l’industrie automobile espagnole après la Seconde guerre mondiale. Entièrement conçue et fabriquée en Espagne, la voiture disposait d’une technologie avant gardiste dû au génie de Wifredo Ricart. L’ingénieur barcelonais avait acquis son expérience en entrant chez Alfa Romeo à la fin des années 30, sous la direction d’Enzo Ferrari, qui développait les modèles de compétition de la firme italienne.


Choisi par le Général Franco, Wifredo Ricart, reçut la tâche de restructurer l’ENASA. Cette entreprise avait été fondée par Franco en 1946 dans le but de relever l’industrie automobile espagnole et de résister à l’isolement économique à la fin de la Seconde guerre mondiale. En effet, les choix politiques de Franco ayant placé l’Espagne plus proche des vaincus que des vainqueurs de la guerre, la coopération économique internationale s’en retrouvait compromise pour le pays ibère. La firme créée par Franco résultait de la fusion d’un organe d’Etat et d’un constructeur de camion espagnol : Hispano-Suiza. L’ancien ingénieur d’Alfa Roméo choisit le célèbre cheval ailé pour en faire son emblème, Pegaso en espagnol.

Une entrée fracassante de l’Espagne sur le marché de la voiture de sport

Dans le cadre de la restructuration de l’ENASA, le Général Franco autorise Wifredo Ricart à fonder le CETA (Centros Technocos de Automocion) pour le projet du développement d’une voiture de grand tourisme.  Fort de son expérience sous l’égide d’Enzo Ferrari, Wifredo Ricart conçoit la Pegaso Z 102, présentée au Salon de Paris en 1951. Ce coupé sportif grand tourisme aux lignes élégantes rappelant celles d’Aston Martin est désignée par Z,  cette lettre se prononçant “séta” en espagnol, une référence au CETA.

 

Dotée d’un moteur 8 cylindres en V de 2474 cm3 , la Pegaso 102 suscite l’admiration des rédacteurs de l’Argus, qui titrent leur article “une lutteuse de demain”, en référence aux potentielles performances de la voiture sur les circuits : “Bien que cette voiture de Grand Sport ne circule pas encore, ce que l’on sait de ses performances (vitesse 100 km/h après 10 secondes départ arrêté) autorise à penser que ce sera une redoutable adversaire en rallye ou en compétition."  

 

Si la Pegaso Z 102 fut produite de 1951 à 1958 en seulement 84 exemplaires sur chassis coupé ou spider, elle incarnera le porte drapeau du savoir faire technologique de la firme espagnole tout au long des années 50. A la suite d’améliorations techniques comme l’ajout de carburateurs Weber, l’automobile développe 280 ch. Ainsi, la Pegaso Z 102 devient l’automobile de série la plus rapide de son époque avec une vitesse de pointe de 260 km/h dépassant la mythique Ferrari 340 America. En 1953, une Z 102 piloté par Celso Fernandez atteignit 241,602 km/h et battait le record de vitesse sur un kilomètre départ arrêté et départ lancé. L’Espagne montre ainsi sa capacité à prendre part aux défis technologiques de l’époque. A tel point que Wifredo Ricart prépare déjà un modèle plus accessible avec la Z 103, destinée à passer à une production en grande série.

Un retour aux priorités économiques

Toutefois, en 1957, face à la nécessité de mener une autre politique économique, Franco permettait l’entrée au gouvernement de ministres dits “Les Technocrates” issus du groupe Opus Dei. Ces hommes préparaient le “Plan de Estabilizacion” qui visait à assainir les comptes publics et ouvrir l’Espagne à l’économie internationale. Dans le cadre de ce remaniement, le gouvernement coupait une majeure partie de ses subventions à l’ENASA.

 

Ainsi, l’entreprise devint incapable de continuer sa production d’automobiles sportives. L’ENASA reprit ses anciennes activités avec la production de véhicules utilitaires et militaires, plus propices au redressement économique du pays. En particulier, les camions Pegaso seront produits dans l’usine de Barajas jusqu’au rachat par Iveco au début des années 90. 

Article d'archive de L'argus datant de 1951 et présentant les nouvelles sportives du 38ème salon automobile de PAris
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