A la fin des années 40, L’argus se faisait le relais de la pénurie d’essence

Publié le jeu 05/09/2019 - 14:01 . Mis à jour le lun 16/09/2019 - 15:14. par Alexandre Neto

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, la France met du temps à sortir de l’état de guerre et rationne ses ressources. L’essence, réservée en priorité aux pouvoirs et services publics, va durement manquer aux automobilistes. L’argus prenait leur défense.

La France, ruinée après la guerre et l’occupation, installait en 1945 un système de ticket de rationnement similaire à celui déjà en place durant la guerre. Sans surprise, les automobilistes subissaient de plein fouet les restrictions sur l’essence. Cette dernière, réservée en priorité aux pouvoirs et services publics, manquait cruellement aux particuliers : les tickets étaient délivrés au compte-gouttes, de manière aléatoire et imprévisible... Et bien sûr, n’exonéraient pas les automobilistes de payer leur carburant, à des prix souvent prohibitifs. Ainsi, dans son numéro 1015 du 22 juillet 1948, L’argus se faisait l’écho d’une mesure exceptionnelle du gouvernement, allouant généreusement à chaque automobiliste une quantité de 40 litres “à l’occasion des vacances”. Une générosité teintée de mauvaise foi selon le rédacteur, qui souligne la décision simultanée du gouvernement d’augmenter “le prix de l’essence à 32 francs le litre”.

Haro sur le train !

L'argus dénonce la politique française en matière de rationnement du carburant.

Tenant son rôle de défenseur du monde automobile, L’argus prit ce combat à bras le corps et multipliait dans ses pages les injonctions à la libération du marché des carburants, sur le modèle du Danemark et de la Suède, où les citoyens sortaient progressivement de l’austérité, L’argus avançait plusieurs hypothèses pour expliquer pourquoi les restrictions pesaient encore aussi lourdement sur les Français : “Certains l’attribuent à la reconstitution des stocks « défense nationale ». D’autres croient en la ruineuse hémorragie provoquée, l’été dernier, par la vague des faux tickets. D’autres encore, font remarquer que l’actuelle pénurie de carburant (essence et gas-oil) (...), coïncide avec l’augmentation de 25 % des tarifs ferroviaires. Ceci mérite examen.” Il faut dire que L’argus, fervent défenseur de la cause automobile, voyait d’un très mauvais oeil l’argent public alloué au développement du rail, dans un contexte d’austérité.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, certaines courses automobiles se tenaient toujours dans ce contexte de pénurie énergétique, comme la compétition du bidon de cinq litres. L’objectif étant de parcourir la plus grande distance avec cinq litres d’essence tout en respectant une vitesse donnée. La preuve que les challenges d’éco-conduite ne datent pas d’hier !

Une brève sortie de crise

Il faudra attendre l’année 1948 pour envisager une sortie de crise. En effet, le 3 avril 1948, le plan Marshall signé avec les Etats-Unis permet d’injecter 2,7 milliards de dollars dans l’économie française. Les Français devront tout de même patienter jusqu’au 1er décembre 1949 pour voir totalement disparaître le ticket de rationnement. Une accalmie de courte durée, puisque la crise du canal de Suez va amener à un nouveau système de rationnement du carburant, à partir du 29 novembre 1956.

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