Législatives 1951 : l’intense lobbying de l’Argus pour des députés pro-voiture

Publié le ven 25/10/2019 - 16:11 . Mis à jour le ven 25/10/2019 - 16:19. par Alexandre Neto

Dans son numéro 1162 du 17 mai 1951, quelques semaines avant les élections législatives, L’argus prend fermement position en faveur du développement de l’automobile. Avec un ennemi inattendu et clairement désigné.

A l’approche des élections législatives de 1951, les journalistes de L’argus n’y vont pas avec le dos de la cuillère : le développement du transport routier individuel constitue un enjeu politique majeur dans une France en pleine reconstruction, et l’Argus s’en fait le fervent défenseur. Ainsi, dans son numéro du 17 mai 1951 la couverture entière est barrée de ces mots : “Il ne s’agit pas de "mettre en urne” des candidats plus agiles à promettre qu’à tenir, il s’agit d’élire des hommes qui ne toléreront plus la "mise en boîte” de l'Automobile”.

Identifier les “amis de l’automobile”

En employant ces termes, L’argus se positionne en véritable Lobby visant à imposer le thème dans l’automobile dans les élections législatives. Déjà habitué par le passé à dresser la liste des députés “amis de l’automobile”, le journal s’investit une nouvelle fois dans le domaine du politique en vue d’imposer le développement du parc automobile à l’agenda politique.

Afin de s’assurer qu’un candidat député représente un futur défenseur des intérêts automobiles, L’argus proposait ainsi un questionnaire à soumettre aux postulants, évoquant pêle-mêle la suppression des taxes sur les voitures d’occasion, l’allègement des charges sur le carburant, ou encore la hausse des crédits en vue de la modernisation du réseau routier, décrit comme “facteur de prospérité générale”.

Le rail, ennemi à abattre

Mais dans cette pratique de lobbying, L’argus s’est trouvé un ennemi désigné : la SNCF. En tête des sujets à adresser aux candidats figure ainsi cette question particulièrement orientée : “Estimez-vous normal que le Rail coûte cent milliards par an aux contribuables, cependant que, faute de crédits, la Route est menacée dans son existence ?”. Il faut dire que depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’Argus s’est fait fort de dénoncer l’"harmonisation des transports, souvent promise, longtemps étudiée et menacée d’être réalisée de façon très anti-routière”, c’est-à-dire en privilégiant le rail.
 

70 ans après, économistes et décideurs ont définitivement tourné la page d’une politique du tout-voiture, tenue aujourd’hui pour responsable d’étalement urbain, de désertification des campagnes et de pollution atmosphérique, au profit d’un retour vers les investissements en faveur du ferroviaire. De quoi jeter un oeil d’autant plus critique sur ces années 50 et les germes de l’avènement de l’automobile de masse.

Cinq questions avancés par L'argus pour s'assurer du soutien à l'automobile des candidats députés de 1951.
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