La fabuleuse histoire de l’Aston-Martin DB5 de James Bond

Publié le lun 02/09/2019 - 06:33 . Mis à jour le ven 20/09/2019 - 09:26. par Jean-Luc Moreau

L’Aston-Martin DB5 de 007 est sans nul doute la voiture la plus célèbre du monde. Mais, contrairement à ce que beaucoup de gens imaginent, le mariage DB5/007 ne s’est pas fait sans accrocs. On peut même dire qu’à la première rencontre c’était plutôt mal parti…

Sean Connery Goldfinger
Depuis Goldfinger, l’image de James Bond est étroitement liée à celle d’Aston-Martin. Mais il n’a pas été facile de réunir Sean Connery et la DB5
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Aston-Martin Ltd
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À l’origine, Ian Fleming, le créateur du personnage de James Bond, lui-même grand amateur d’automobiles, fait circuler son héros, dans le roman Goldfinger, édité en 1959, dans une Aston-Martin DB3. Il s’agit d’une voiture de course qui ne peut bien sûr pas être reprise pour l’adaptation cinématographique qui doit se tourner début 1964. Ken Adam, qui s’occupe des décors, souhaite tout de même faire rouler 007 dans un modèle de la marque. Il veut aussi transformer cette voiture en une sorte d’arme secrète sur roues.

Aston Martin DB5 007
Dans le roman Goldfinger, Ian Fleming imagine James Bond au volant d’une Aston-Martin pourvue d’équipements spéciaux. C’est pour cette raison qu’EON productions se tourne vers la marque britannique. ©2010 Courtesy of RM Auctions
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EON Productions
Sèchement éconduits par Aston-Martin !

Adam se rend donc à Newport Pagnell en compagnie de John Stears, responsable des effets spéciaux, pour rencontrer le nouveau directeur général, Steve Heggie. Adam n’a certainement pas fait preuve de beaucoup de psychologie en se rendant sur place avec sa Jaguar Type E personnelle… Toujours est-il qu’ils sont reçus assez froidement.

Lorsque les deux hommes racontent leur désir de truffer la voiture de gadgets, Heggie répond sèchement : « nos voitures ont déjà toute la technologie nécessaire et il n’y a pas de place pour ajouter quoi que ce soit ! ». Mais une autre raison, plus pragmatique celle-là, est sans doute la cause de ce refus catégorique. Aston-Martin va mal financièrement et la promotion est un luxe que la marque ne peut pas se permettre.

Aston Martin DB5 007
Si les gadgets ont largement contribués à la notoriété de la DB5 de 007, au départ, Aston-Martin les juges « inutiles et ridicules »
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Aston-Martin Ltd
Un refus catégorique de Jaguar !

Adam et Stears consultent alors Jaguar avec l’espoir de récupérer une Type E. La réponse est, là aussi, catégorique : c’est non ! La marque de Coventry n’arrive déjà pas à livrer ses clients… Il n’est donc pas question de prêter, ni même de vendre une voiture pour un film…

Aston-Martin accepte finalement de prêter deux DB5

À quelques mois du tournage de Goldfinger, 007 n’a toujours pas de voiture. Par chance, Harry Saltzman, le coproducteur de Goldfinger, arrive à avoir un contact direct avec David Brown, le propriétaire d’Aston-Martin. Un accord est trouvé : la production peut récupérer la mule de développement de la DB5, le châssis DP/216/1, une base de DB4, qui a été exposée au salon de Londres 1963. C’est donc une voiture qui a déjà bien vécue que Stears commence à découper pour y installer tous les gadgets

Aston Martin DB5 007
Une partie des équipements est à commande pneumatique. Sur la voiture « effets spéciaux », le poids est en hausse de 136 kg.
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shooterz.biz ©2010 Courtesy of RM Auctions
Certains gadgets sont tout justes fonctionnels

La conversion coûte 15 000 £ (230 000 £ de 2019) et ajoute 136 kg à la voiture (les deux modèles de promotions qui comportent tous les gadgets affichent même 500 kg de plus sur la balance !). Ainsi lestée, l’auto n’est pas à son avantage pour les scènes de poursuite. Il faut donc une seconde voiture (DB5/1485/R), dépourvue d’une grande partie des équipements pour les plans larges et les roulages. C’est également Aston-Martin qui la fournit, le contrat précisant qu’après le tournage les deux voitures seront renvoyées à Newport Pagnell.

Aston Martin DB5 007
Pour le tournage de Goldfinger, une seconde DB5, à peine modifiée, est utilisée pour les scènes d’action
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EON Productions

Les deux Aston-Martin DB5 sont visuellement identiques, peintes d’une couleur « snow shadow grey » qui n’existe pas au catalogue. Sur la première (DP/216/1), qui sert principalement pour les gros plans, John Stears s’est réellement surpassé. Il y a pas moins de 13 équipements spéciaux qui contribuent largement au succès du film. C’est lui qui imagine une grande partie de l’arsenal qui équipe la voiture. Il faut d’ailleurs noter (même si c’est décevant de le savoir) que la plupart des gadgets ne sont pas vraiment fonctionnels. Ils sont là pour les prises de vue et peuvent marcher 2 ou 3 fois, c’est tout ! Par la suite les deux voitures seront d’ailleurs rééquipées d’une panoplie complète, de bonne facture cette fois.

Les secrets de l’Aston-Martin DB5 de James Bond
1965 Aston Martin DB5 007
Sur cette DB5 de « promotion », les équipements spéciaux sont, cette fois, montés par l’usine
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Simon Clay ©2019 Courtesy of RM Sotheby's;

Après le succès retentissant de Goldfinger, Aston-Martin bénéficie d’une promotion gratuite dans le monde entier. L’usine accepte donc, avec enthousiasme cette fois, la commande de deux DB5 supplémentaires pour la promotion de Thunderball. Comme, cette fois, les gadgets doivent être fonctionnels et durables, c’est la marque qui les installe. Les voitures sont la propriété d’EON productions qui va les vendre discrètement en 1969…

Aston Martin DB5/2008/R
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Simon Clay ©2019 Courtesy of RM Sotheby's;
De 1875 dollars à 6,38 millions de dollars !
  • Une des deux DB5 (le n° DB5/2008/R ) commandées par EON productions en 1965 a atteint 6,38 millions de dollars lors de la vente RM Sotheby's de Monterey en août 2019. 3400 fois plus que son prix de vente quand EON s'en sépara...
Aston Martin DB5/2008/R
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Des destins surprenants

De toutes les « Bond Car », DP/216/1, la première, est sans doute celle qui a le destin le plus incroyable. Tout d’abord, elle est née DB4 et pas DB5 cela explique son numéro de châssis qui ne s’inscrit pas dans la suite logique des modèles DB5. Ici, DP signifie en effet « Development Project ». C’est le prototype modifié par John Stears pour recevoir tous les gadgets de James Bond.

À la fin des tournages de Goldfinger et Thunderball, Aston-Martin la récupère (comme c’était prévu dans le contrat) et la remet en configuration d’origine. DP/216/1 est alors vendue, en 1968, comme une « vulgaire » DB5 d’occasion, affichant 50 000 miles au compteur. Après deux propriétaires et la réinstallation des gadgets, l’auto est cédée, en 1987, pour 275 000 $ à un promoteur de Floride. La voiture est assurée par ce dernier pour 4 millions de dollars mais elle disparaît mystérieusement dans un hangar de l’aéroport de Boca Raton la nuit du 18 au 19 juin 1997. Elle n’a depuis jamais été officiellement retrouvée… mais elle serait dans une collection privée au moyen orient…

Aston-Martin DB5 « Goldfinger »
l’Aston-Martin DB5 « Goldfinger » qui a disparue serait en fait dans une collection privée au Moyen-Orient
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shooterz.biz ©2010 Courtesy of RM Auctions;

Le numéro de châssis DB5/1486/R est la seconde voiture utilisée pour les tournages de Goldfinger et Thunderball en 1964 et 1965. Aston-Martin s’en « débarrasse », comme la première en 1968. Achetée 12 000 dollars par un DJ américain, elle est à nouveau vendue, en 2010, aux enchères cette fois, à un banquier de Cincinnati pour 2,912 millions de dollars par RM/Sotheby’s. Il la possède toujours…

Aston-Martin DB5 (DB5/1486/R)
DB5/1486/R est toujours, en 2019, la propriété d'un banquier de Cincinnati
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shooterz.biz ©2010 Courtesy of RM Auctions
Deux DB5 « Bond Car » pour 3750 $ !

Les deux voitures de « promotion » étant la propriété d’EON productions (châssis DB5/2008/R et DB5 /2017/R) elles sont cédées, en 1969, à un unique acheteur. C’est Anthony Bamford, entrepreneur, parlementaire et collectionneur britannique, qui emporte le lot pour… 3750 dollars ! Une super affaire, mais pourtant bien moins bonne que celle qu’il fait, un an plus tard, en échangeant l’une d’elles (DB5 /2017/ R) contre une Ferrari 250 GTO (qu’il possède toujours). Cet autre monstre sacré, aujourd’hui estimé 40 millions de dollars, ne lui a donc coûté que 1875 dollars…

Il n’en faut pas plus pour imaginer que DB5 /2017/R est « le vilain canard » de la série des « Bond Car ». D’ailleurs, elle va passer 13 ans dans la vitrine d’un restaurant de Vancouver puis échouer chez un concessionnaire Jaguar du New Jersey. Pire elle fait même perdre de l’argent à son 3e propriétaire, le restaurateur, qui l’avait payé 21 600 $ et s’en sépare pour seulement 7000 $ au début des années 80 (mais où est mon chéquier ?). Elle se trouve aujourd’hui dans le musée Louwman aux Pays-Bas.

Aston-Martin DB5 (DB5 /2017/R)
L'Aston-Martin DB5 (DB5 /2017/R) est sans doute celle qui a eu le destin le moins glorieux. Elle est aujourd'hui dans un musée aux Pays-Bas
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Louwman Museum

Heureusement, la vie de DB5/2008/R est plus trépidante… même si elle a passé 35 ans dans une cage métallique au Smokey Mountain Car Museum à Pigeon Forge dans le Tennessee ! En sortant de sa retraite, elle est la star, en 2006, de la vente RM Auctions de Phœnix en Arizona. Elle part pour 2,4 millions de dollars. Le curseur monte encore d’un cran en 2013 lorsque RS Williams Ltd, un des spécialistes britanniques d'Aston Martin la vend à son tour pour 3 000 000 £ après une minutieuse restauration chez le spécialiste Suisse Roos Engineering. Le dernier épisode est celui de Monterey 2019 où l’Aston-Martin DB5/2008/R a atteint 6,38 millions de dollars lors de la vente RM/Sotheby’s. À suivre…

6,38 millions de dollars pour l’Aston-Martin DB5 de James Bond
Aston-Martin DB5 (DB5/2008/R)
Crédit photo :
Simon Clay ©2019 Courtesy of RM Sotheby's;
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