La légende des flèches d’argent

Publié le mar 24/09/2019 - 07:01 . Mis à jour le mar 24/09/2019 - 07:23. par Jean-Luc Moreau

Chaque passionné d’automobiles a au moins entendu une fois l’histoire de la « naissance » des flèches d’argent Mercedes-Benz dont la tôle fut mise à nu pour gagner du poids. Grâce aux archives du photographe Zoltan Glass on connaît aujourd’hui parfaitement la vérité. La voici.

Mercedes-Benz W 25
La Mercedes-Benz W 25 est la première de la lignée des flèches d’argent qui perdure encore aujourd’hui
Crédit photo :
© Daimler AG
Voir les photos

Se conformant au code couleur établi au début du 20ème siècle, dans les années 30, les Mercedes-Benz de course arborent une livrée blanche alors que les voitures françaises sont bleues, les italiennes rouges et les anglaises vertes. Mais cette règle n’est pas d’airain. En effet, à plusieurs reprises, il est certain que la marque allemande a fait courir des voitures de couleur argent. C’est semble-t-il le cas lors du grand prix de l’Avus le 27 mai 1934, la presse allemande relatant l’arrivée de « voitures de course argentées ». Hélas pour la marque à l’étoile, un problème d’alimentation en essence empêche les nouvelles Mercedes W 25 de prendre le départ.

Mercedes 2 litres 8 cylindres Monza 1924
Au départ, les voitures de course allemandes étaient peintes en blanc pour se conformer au code couleur mis en place lors de la coupe Gordon-Bennett
Crédit photo :
© Daimler AG
Voir les photos
La nouvelle réglementation impose un poids maxi de 750 kg

Après cet échec, Mercedes-Benz ne souhaite pas participer aux courses de l’Eifel (toujours en Allemagne) le 3 juin suivant sur le circuit du Nürburgring. Les ingénieurs préfèrent se concentrer sur la mise au point de la voiture en vue du grand prix de France qui doit se dérouler le 1er juin. Mais le parti nazi, qui finance largement le programme de compétition de Mercedes-Benz, ne l’entend pas de cette oreille. Sous peine de perdre sa place, le directeur technique de l’écurie, Alfred Neubauer, est obligé d’engager, un peu précipitamment, deux voitures pour Manfred von Brauchitsch et Luigi Fagioli. Cela explique pourquoi les W 25 quittent l’usine sans qu’un devis de poids précis soit effectué et peintes en blanc puisqu’elles devaient logiquement faire leur prochaine course en France et représenter l’Allemagne.

Mercedes-Benz W25 Eifel 1934
Manfred von Brauchitsch avant la course. Même sur cette photo en noir et blanc on devine que la voiture est couleur argent
Crédit photo :
© Daimler AG
Voir les photos
Mercedes-Benz W25 Eifel 1934
Sur cette photo prise pendant la course par Zoltan Glass, on remarque que les roues arrière sont toujours peintes en blanc
Crédit photo :
© Daimler AG
Voir les photos

La Mercedes-Benz W 25 pèse 751 kg !

Si le poids est important, c’est que la nouvelle réglementation impose désormais un maximum de 750 kg sans le carburant et les pneumatiques. Or, l’auto (qui est bien peinte en blanc la journée du 2 juin comme le montrent les photos de Zoltan Glass) affiche… 751 kg ! Neubauer ordonne donc qu’on décape la peinture dans la nuit du 2 au 3 juin, non pas pour « économiser » le poids de cette dernière, mais pour retirer le mastic qui avait été appliqué afin d’avoir une peinture parfaitement lisse. Les voitures sont donc grattées à la spatule puis poncées. Plutôt que de remettre une peinture blanche, les Allemands choisissent alors une fine couche de couleur aluminium comme cela avait déjà été fait auparavant.

Mercedes-Benz W25
La couleur argent n’est pas due au métal nu mais à une fine couche de peinture
Crédit photo :
© Daimler AG
Voir les photos

Avec la victoire de Manfred von Brauchitsch l’après-midi même, la légende des flèches d’argent était née mais les monoplaces allemandes n’ont jamais couru avec des carrosseries dont le métal était à nu comme le prétend parfois l’histoire…

Comment est né le code couleur des voitures de course ?
à lire aussi