L’histoire incroyable du « musée Schlumpf »

Publié le lun 09/09/2019 - 05:48 . Mis à jour le dim 20/10/2019 - 07:10. par Jean-Luc Moreau

La cité de l’automobile « collection Schlumpf », à Mulhouse, est le plus grand musée automobile du monde. Riche de plus de 560 véhicules d’exception, dont 130 Bugatti, il est à l’automobile ce que le Louvre est à l’art. Mais cette collection extraordinaire a connu une histoire mouvementée, digne d’un polar à suspense. En voici le récit.

cité de l’automobile « collection Schlumpf »
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Tout commence, ou tout finit (c’est une question de point de vue) le 7 mars 1977.

Dans la froideur du petit matin  un petit groupe d’hommes marche d’un pas décidé dans les rues de Mulhouse. Ces ouvriers d’apparence banale se dirigent vers la fabrique d’armement Manurhin. Mais soudain, à quelques centaines de mètres de leur but supposé, ils changent de direction et prennent le chemin d’une autre usine. Ils contournent le bâtiment, sectionnent le grillage et investissent la place à la manière d’un commando. Un détachement neutralise le gardien avant qu’il ne donne l’alarme. Un autre part chercher du renfort à l’usine Gluck toute proche…

Filature HKC
L’usine HKC de Mulhouse prise « d’assaut » par un commando d’ouvriers le 7 mars 1977
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Archives Musée National de l'Automobile-Droits Réservés
La lumière dévoile des centaines d'automobiles extraordinaires

Quelques dizaines de minutes plus tard, les portes de la « citadelle » sont ouvertes. Les « assaillants », qui sont désormais plus d’une centaine, progressent dans l’obscurité de cet immense bâtiment. Tous parlent à voix basse, sans doute troublés par les découvertes qu’ils imaginent faire. À tâtons, l’un d’eux trouve le commutateur. Il ne sait pas encore que son geste va transformer ce banal fait divers en conte des mille et une nuits. Lorsque la lumière jaillit, le gigantesque hall de cette usine désaffectée dévoile en effet aux visiteurs impromptus un des plus fabuleux secrets de l’histoire de l’automobile.

cité de l’automobile « collection Schlumpf » Rolls-Royce
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Devant leurs yeux ébahis : des centaines de Bugatti, Mercedes, Maserati, Ferrari ou autre Rolls-Royce. Ces hommes, ces femmes, qui ne sont pas des cambrioleurs, mais des ouvriers au chômage, viennent de découvrir la plus fantastique collection d’automobiles du monde ! Une folie qu’ils estiment à l’origine de leur licenciement. Pour eux, c’est en effet le gouffre financier creusé par les achats de ces voitures qui a entraîné la chute de l’empire textile des deux fondateurs de cette collection : Hans et Fritz Schlumpf.

cité de l’automobile « collection Schlumpf » ouvriers
Les ouvriers qui luttent pour la sauvegarde de leur emploi vont occuper l’ancienne filature transformée en musée par les frères Schlumpf
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Archives Musée National de l'Automobile-Droits Réservés
Haine et passion
  • Depuis ce matin d’hiver 1977, « l’affaire » Schlumpf n’a cessé de susciter haines et passions. Haine des 3000 ouvriers licenciés, convaincus que cet amour déraisonnable des voitures a causé leur perte. Passion des millions de visiteurs et amateurs pour qui les frères Schlumpf sont avant tout les bâtisseurs du plus beau musée automobile du monde. Au crépuscule de leur vie, la justice française a tout de même reconnu le bien-fondé de leur œuvre en baptisant également le musée national de l’automobile « collection Schlumpf », en 1989.
cité de l’automobile « collection Schlumpf »
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cité de l’automobile « collection Schlumpf »
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L’avènement de l’empire Schlumpf

À l’aube de la 2e guerre mondiale, les frères Schlumpf sont en train de bâtir leur empire textile en Alsace. Ils sont nés en Italie en 1904 (Hans) et 1906 (Fritz), et habitent Mulhouse depuis 1906, ville natale de leur mère. Ils ont des caractères très différents. Hans est plutôt calme. Fritz est plus autoritaire, certains le disent caractériel mais c’est un homme droit. Il a surtout un rêve qu’il veut absolument concrétiser : posséder une Bugatti. Il y parvient peu avant la guerre.

Hans et Fritz Schlumpf
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Dans la région tout le monde connait la Bugatti 35 du "patron"

Cette première Bugatti est une « 35 B ». C’est une voiture de compétition, biplace, racée, dont le moteur 8 cylindres à compresseur développe 140 ch., ce qui lui permet d’atteindre 210 km/h. À l’époque, la vitesse n’est pas perçue comme aujourd’hui.

Le bolide bleu est très populaire dans la région. Les spectateurs sont nombreux à admirer « le patron » au volant. Car, à cette époque, dans la vallée de Malmerspach, tout le monde vit « Schlumpf ». On travaille « Schlumpf », on mange « Schlumpf », on est malade « Schlumpf », et on meurt même « Schlumpf ». Ce paternalisme sauve d’ailleurs les frères Schlumpf à la fin de la guerre. Alors qu’ils sont accusés de collaboration avec les Allemands, les ouvriers leur expriment « leur confiance absolue et leur dévouement », ce qui leur évite l’expulsion hors de France. L’expansion de leur empire textile peut continuer…

cité de l’automobile « collection Schlumpf » Bugatti 35 B
Tous les habitants de la vallée connaissaient par cœur l’immatriculation de la Bugatti 35B de Fritz Schlumpf. Il participait d’ailleurs à des compétitions avec cette voiture.
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Cette boulimie industrielle connaît cependant un tournant en mars 1957. La mort de Jeanne Schlumpf plonge, en effet, Hans et surtout Fritz dans un profond désarroi. La disparition de cette mère qu’il vénérait le pousse à reporter tout son amour sur sa passion de toujours… les automobiles.

cité de l’automobile « collection Schlumpf »
La passion de Fritz Schlumpf pour les Bugatti va se transformer en boulimie à la mort de sa mère
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Des trains entiers de voitures arrivent dans l’usine

Dans les années 50, l’appétit du patron pour les vieilles autos fait plutôt sourire. Les ouvriers assistent ainsi à quelques processions bon enfant dans la cour de l’usine. Puis, ces convois insolites commencent à se succéder.

Le goût de Fritz pour les automobiles est devenu un appétit. Il confine bientôt à la boulimie. Il consacre son énergie, son argent, mais aussi celui des usines du groupe, à traquer les voitures européennes de la haute époque. L’été 1960 voit le stock s’accroître : trois Rolls-Royce, deux Hispano-Suiza, une Tatra, deux Bugatti type « 57 » s’ajoutent aux quelques 40 voitures qui encombrent déjà les hangars de la filature et de l’usine HKC de Mulhouse.

cité de l’automobile « collection Schlumpf »
Cette Tatra T87 fait partie des premiers véhicules à rejoindre la « collection »
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Fritz Schlumpf rachète tout !

Fritz engage des rabatteurs et sa réputation devient telle que certains achètent des voitures anciennes dans le seul but de les céder ensuite à l’industriel. Mais Fritz Schlumpf n’est pas seulement perçu comme un ogre. Beaucoup de vendeurs particuliers voient en lui l’homme capable de préserver pour « l’éternité » le modèle qu’ils affectionnent. D’ailleurs, sans les frères Schlumpf la quasi-totalité des voitures du musée aurait sans doute disparu…

cité de l’automobile « collection Schlumpf » Gordini
Gordini a fabriqué peu de voitures de course. Le musée en regroupe 14, dont 10 qui ont été directement vendues par Amédée Gordini
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Dans la cour d’HKC, le résultat de cette chasse arrive maintenant en convoi ferroviaire ! Les voitures sont rachetées en moyenne 5000 francs à des particuliers, mais il arrive que Fritz Schlumpf traite directement avec des constructeurs. Gordini lui cède ainsi 10 modèles d’un seul coup. Cependant, le nerf de cette folie reste Bugatti. Avec l’annuaire des propriétaires, il adresse une offre d’achat à tous les propriétaires de Bugatti de par le monde ! Un gigantesque « mailing » qui va lui permettre d'acquérir près d’une cinquantaine de pur-sangs de Molsheim.

cité de l’automobile « collection Schlumpf » Bugatti
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Les Schlumpf rachètent les voitures personnelles d’Ettore Bugatti

Cette passion sans bornes, les ouvriers des usines Schlumpf la vivent de plus en plus mal. Les syndicats s’inquiètent de la mauvaise santé financière, due, pensent-ils, à ces achats massifs. Mais Fritz Schlumpf ne l’entend pas de cette oreille et le paternalisme bon enfant fait place à un autoritarisme total. Le personnel proteste ? Qu'à cela ne tienne, il ferme tout simplement l’usine HKC sans autre forme de procès et la transforme en lieu de stockage pour ses voitures.

cité de l’automobile « collection Schlumpf » Bugatti Royale
La Bugatti royale « coupé Napoléon » est toujours restée dans la famille Bugatti. Elle fait partie du lot racheté en 1963 par les frères Schlumpf
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Au printemps 1963, Fritz franchit une étape décisive de son rêve ambitieux : devenir le premier collectionneur mondial d’automobiles. Le groupe Messier-Hispano qui a racheté Bugatti l’année précédente met en vente, avec l’accord de la famille Bugatti, les voitures personnelles d’Ettore ainsi que toutes les pièces stockées dans les hangars de l’usine Bugatti de Molsheim. Ce lot extraordinaire, Fritz l’emporte pour 120 000 francs (soit l’équivalent de 173 000 euros en 2018)… Il contient le fameux « coupé Napoléon » l’une des 6 « Royale », considérée comme l’automobile la plus prestigieuse de tous les temps et d’une valeur aujourd’hui inestimable !

cité de l’automobile « collection Schlumpf » Bugatti Royale
Le coupé Napoléon est le fleuron de la Cité de l’automobile « collection Schlumpf ». Sans les deux entrepreneurs suisses, il aurait sans doute quitté la France depuis longtemps…
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Fritz possède deux des six Royales produites

Mais ce n’est pas tout. Quelques semaines plus tard, c’est la collection complète d’un américain de Saint-Louis, Monsieur John Shakespeare, qui tombe entre les mains de Fritz Schlumpf. Pour moins de 500 000 francs, ce sont près d’une trentaine de Bugatti, dont la seconde « Royale », limousine géante longue de plus de 6 m et pesant 2,5 t, qui rejoignent Mulhouse…

cité de l’automobile « collection Schlumpf » Bugatti Royale
La seconde Bugatti Royale du musée, une limousine carrossée par Park Ward, ainsi que 30 autres Bugatti constituaient la collection de Monsieur John W Shakespeare, un américain ruiné qui fit le bonheur de Fritz Schlumpf
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« Quelle folie » murmure François Mitterrand en découvrant la collection

Pour impressionner le petit monde des collectionneurs qui ne voit pas cette frénésie d’un très bon œil, Fritz va même jusqu’à dévoiler, le 8 mai 1965, sa fantastique collection à un petit nombre de personnalités représentant l’élite de la société internationale. Il y a là le Prince Bertil de Suède, le Prince Louis-Napoléon, le Prince de Metternich, le comte de Villapardierna... Tous témoignent pour le reste du monde de la valeur inestimable de ce trésor.

Car, avec 500 voitures, c’est bien d’un trésor qu’il s’agit… Mais contrairement aux trésors qui sont souvent cachés, Fritz compte bien en faire profiter le monde entier. Il s’attache tout d’abord à faire restaurer les véhicules qui arrivent. 17 personnes travaillent à cette tache méticuleuse. Car, celui qui reste le « patron » pour tous est particulièrement exigeant. Il n’hésite pas à faire recommencer entièrement un travail s’il ne lui convient pas. Il peut aussi se montrer capricieux et exiger qu’une peinture reprenne exactement la teinte d’un foulard rouge ou la couleur d’un paquet de cigarettes… lui qui ne fume pas !

cité de l’automobile « collection Schlumpf »
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À Paris, alors qu’il traverse le pont Alexandre III en taxi, il tombe sous le charme des réverbères en fonte du pont. C’est le coup de foudre. Il fait fabriquer 845 lampadaires, copies presque conformes, pour éclairer les 17 000 m² du musée à la gloire de sa mère bien-aimée. Les 3 km d’allées carrelées sont baptisées : « avenue Jeanne Schlumpf », « avenue Carl Schlumpf », « Rue Royale ». De part et d’autre, les voitures sont exposées dans 28 quartiers qui comprennent chacun 10 à 20 voitures.

Pont Alexandre III Lampadaires
Les lampadaires du pont Alexandre III à Paris ont été reproduits fidèlement pour éclairer « le musée » des frères Schlumpf.
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Mais ces merveilles ont un parfum de scandale pour les employés de ce qui reste de l’empire Schlumpf, gravement touché par la crise du textile. Et la colère se transforme, en 1971, en lutte ouverte entre syndicats et patrons pour aboutir, en 1976, à la démission des deux industriels suisses. Le musée ne verra pas le jour, du moins sous leur « règne ». Assiégés dans leur villa, ils sont en effet contraints à la fuite et se réfugient à Bâle en Suisse.

musée Schlumpf occupation
En 1977, le malaise social dégénère. Il aboutit à la « confiscation » de la collection des frères Schlumpf par les employés
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Archives Musée National de l'Automobile-Droits Réservés

Dans leur élan de vengeance, des ouvriers au chômage « s’attaquent » alors la « collection ». Organisés en commando, ils prennent d’assaut « le musée » le 7 mars 1977. Après 20 ans de mystère, le lieu livre son secret insensé. Révoltés mais fascinés, les intrus ne profanent pas ce sanctuaire unique, mais ils décident d’occuper ce qu’ils considèrent comme leur bien. « Je gagnais 1400 francs par mois, voilà où est passé le reste » explique un écriteau placé sur une voiture.

musée Schlumpf occupation
Le musée est ouvert au public, sans doute pas pour que ce dernier admire les chefs-d’œuvre automobiles qui s’y trouvent mais plus pour mettre en exergue ce que les syndicats considèrent comme un détournement de fonds
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Archives Musée National de l'Automobile-Droits Réservés

Le musée « Schlumpf » devient un gigantesque outil pédagogique. Les visiteurs qui vont s’y succéder exprimeront tous des sentiments profonds devant la grandeur de l’ouvrage. « Quelle folie » murmure François Mitterrand. D’autres crient au génie, pardonnant volontiers aux Schlumpf tous leurs péchés industriels. Mais, poursuivant inlassablement son chemin, ce torrent de passions éloigne de plus en plus les Schlumpf de leurs voitures.

cité de l’automobile « collection Schlumpf »
La scénographie, même si elle a un peu changé, conserve l’idée d’origine des frères Schlumpf
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Une bataille juridique qui va durer 20 ans

Les batailles juridiques vont alors se succéder. Le 18 avril 1978, un décret publié au journal officiel classe monument historique 426 véhicules… C’est le début de la fin pour les frères Schlumpf.

Parallèlement, les ouvriers licenciés abandonnent le siège, ce qui ne rapproche pas pour autant Hans et Fritz de la collection. Des fonds ont bien été détournés pour acquérir les voitures. En plus du mandat d’arrêt dont ils font l’objet, la justice ordonne donc la liquidation des biens personnels des frères Schlumpf. En clair : la vente de leurs maisons et celle du musée !

44 millions de francs (6,8 M€) pour 585 véhicules !

En avril 1980, la collection est cédée pour un total de 44 millions de francs à une association qui regroupe la ville de Mulhouse, le conseil général du Haut-Rhin, l’établissement public régional d’Alsace, la chambre de commerce et d’industrie de Mulhouse, la société Panhard et Levassor, le comité du « salon de l’auto » et l’Automobile Club de France.

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44 millions de francs pour 585 véhicules (soit 11 624 € par voiture)... Fritz Schlumpf crie à la spoliation ! Hélas pour lui, la justice lui donne tort une nouvelle fois. Le musée national de l’automobile ouvre au public le 10 juillet 1982. La scénographie imaginée par Fritz est toujours présente mais il n’est pas fait référence aux frères Schlumpf. Une injustice réparée 7 ans plus tard.

cité de l’automobile « collection Schlumpf »
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En novembre 1989, la cour d’appel de Paris donne enfin la pérennité de la collection aux frères Schlumpf. Le musée sera désormais rebaptisé « musée national de l’automobile – collection Schlumpf ». Les magistrats ont estimé, après s’être rendus sur place, « que l’action de réunion et de collection et la passion qui ont inspiré leurs auteurs ont constitué et continuent de constituer un message et un témoignage dont l’initiative créatrice mérite protection comme étant l’expression d’un droit de la personnalité voisin du droit moral ».

Fritz Schlumpf, désormais seul après le décès de Hans, y voit une lueur d’espoir, vite éteinte par le rejet de son dernier recours par la Cour de Cassation en octobre 1991. La vente de la collection à l’association ne pourra plus jamais être remise en cause… Doit-on y voir une relation de cause à effet ? Fritz s’éteint en 1992...

cité de l’automobile « collection Schlumpf »
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Le destin trouble de « l’autre collection Schlumpf »

Après la mort de Fritz, sa veuve Arlette s’attache à restaurer la mémoire de son mari dans une nouvelle bataille juridique qui aboutit à un « dédommagement » de 25 millions d’euros et à la rétrocession de 64 véhicules, non restaurés, issus des réserves. Cette « collection Malmerspach » contient entre 15 et 17 Bugatti selon les sources. Elle va, à son tour, faire l’objet d’une histoire nébuleuse.

cité de l’automobile « collection Schlumpf » réserves
Beaucoup de voitures ne sont pas exposées dans le musée. C’est une partie de ces « réserves » qui a été rétrocédée à la veuve de Fritz Schlumpf
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Après la mort d’Arlette Schlumpf en 2008, une grande partie de ces voitures est vendue à deux négociants en véhicules de collection, Jaap Braam Ruben et Bruno Vendiesse pour une somme restée secrète. Malgré leur promesse de ne pas les disperser, elles partent pourtant dans des collections privées ou des musées aux 4 coins du monde. La majorité, notamment 12 Bugatti, est acquise par le milliardaire américain Peter Mullin, grand amateur de voitures françaises d’avant-guerre.

On peut aujourd’hui légitimement se poser la question de la régularité d’une telle vente ? Comment des véhicules considérés comme « patrimoine français » ont-ils pu être exportés sans trace officielle de la transaction ? D’ailleurs, à la lumière de cette affaire, ne faut-il pas réellement réhabiliter l’image des frères Schlumpf ? Sans eux, le plus beau musée automobile du monde n’existerait pas ! Pire, 90 % des véhicules qui le composent auraient sans doute disparu, détruits ou vendus à l’étranger…

« collection Malmerspach »
Tous ces modèles, que certains appellent « la collection Malmerspach » ont été vendus à des collectionneurs étrangers
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Le plus beau musée automobile du monde

Heureusement, depuis le tournant du siècle, l’histoire du « musée Schlumpf » est beaucoup moins tumultueuse. Son exploitation a été confiée, en 1999, à la société Culturespaces qui gère d’autres sites historiques comme les arènes de Nîmes, les carrières de lumière aux Baux-de-Provence ou encore la villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

En deux décennies, de gros investissements publics ont été consentis pour mettre en valeur et faire vivre ce patrimoine exceptionnel. Le « musée national de l’automobile » est devenu « la cité de l’automobile - collection Schlumpf ». Un autodrome a été construit aux portes du musée et des événements sont organisés tout au long de l’année pour honorer le lieu, les véhicules, mais aussi la mémoire des frères Schlumpf, sans doute injustement déshonorés.

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