Steel Motors Home : la clinique des anglaises

Publié le mer 16/10/2019 - 12:38 . Mis à jour le mer 30/10/2019 - 18:15. par Jean-Luc Moreau

Depuis 1998, le garage Steel Motors Home entretien, répare et restaure les voitures « classics » des années 50, 60 et 70 avec une véritable passion pour les anglaises, et les Jaguar en particulier.

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Cyrille Yern est venu à la mécanique par passion pour les anciennes
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Comme beaucoup de cinquantenaires, Cyrille Yern a sans doute été marqué par le film « à nous les petites anglaises » dans sa jeunesse. Cela explique peut-être, en partie, son amour de la production automobile britannique des 30 glorieuses. Toutefois, chez Steel Motors Home on n’est pas sectaire et il est fréquent de trouver des italiennes ou des allemandes dans l’atelier. Des françaises ? « Non, répond Cyrille. Le problème, c’est la disponibilité des pièces alors que pour les anglaises, on commande le soir et on est souvent livré le lendemain ».

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Cette Maserati Ghibli, 4,7 l, est une première main. Elle n’a pas roulé depuis 40 ans
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Le syndrome de Stockholm…

On peut s’étonner de cette passion pour des voitures réputées compliquées, capricieuses voire peu fiables ? « C’est une affaire de goût. Les Anglais ne font rien comme nous, ce qui fait le charme de leurs autos », explique Cyrille. Très flegmatiquement il ajoute : « c’est encore plus compliqué avec les Jaguar car elles sont plus sophistiquées. C’est pour ça que j’adore ! ». D’aucuns pourraient y voir une forme de masochisme, mais pour avoir pratiqué, moi aussi, ce sport national qu'est la panne anglaise, c’est vrai qu’on peut y trouver un certain charme. Le syndrome de Stockholm dirait un analyste…

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Deux belles Austin-Healey : une BJ8 MKIII (rouge) et une « 100 » (noire)
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Picasso a acheté cette Van den Plas Princess pour sa fille. Elle a ensuite appartenue à Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé
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Steel Motors Home est également centré sur les véhicules de 1950 à 1975. « Après, l’arrivée des injections électroniques nécessite d’autres compétences et d’autres outillages que nous n’avons pas forcément ». Cyrille est d’ailleurs un spécialiste des carburateurs SU qu’il connaît par cœur. « Nous pouvons et savons tout faire sur les SU. Ce sont d’excellents carburateurs lorsqu’ils sont bien réglés ». Comme quoi « l’originalité » britannique peut aussi avoir des avantages…

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Les carburateurs SU sont un des fleurons de l’industrie automobile britannique. C’est aussi une des spécialités de Steel Motors Home
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Un parcours atypique

Rien ne prédestinait Cyrille Yern à la mécanique. Après une école de commerce, il se lance dans l’immobilier puis rentre chez Classic Car à Levallois-Perret comme commercial. C’est là qu’il découvre son goût pour les voitures anciennes. Cela le pousse à mettre « les mains dans le cambouis », pour « s’amuser ». Il se rend surtout compte que certains réparateurs sont peu scrupuleux et qu’ils n’ont pas forcément l’amour du travail bien fait. Comme il se débrouille plutôt bien, des clients lui demandent de faire de la mécanique pour eux.

On est charmé par cette atmosphère hors du temps

Il se lance et crée Steel Motors Home en 1998. Aujourd’hui, le garage est situé dans l’ancien parking en sous-sol d’un immeuble de Bois-Colombes, rue Pierre-Joignot. Difficile d’imaginer que l’endroit abrite des trésors tant l’entrée est anonyme. On peut passer devant sans s’en rendre compte. Mais si l’on « pousse la porte » on ne peut qu’être charmé par cette atmosphère hors du temps. Il y a là des Mini, des Austin-Healey, des Triumph, des MG, des Aston-Martin mais aussi, parfois : une Fiat, une Volvo, une Maserati, une Ferrari ou une Porsche… Enfin, il y a surtout des Jaguar !

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L’entrée du garage, dans une petite rue de Bois-Colombes, en banlieue parisienne, est particulièrement discrète.
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Un faible pour la Jaguar Type E

Ici, Jaguar occupe une place à part. Évidemment pour la beauté et les performances des voitures de Coventry mais aussi pour leur conception « deux fois anglaise », disent les mauvaises langues. « On ne peut pas s’improviser spécialiste de la Type E ou même des autres Jaguar de cette période, qui est pour moi l’apogée de la marque. C’est cette connaissance très pointue qui est notre valeur ajoutée ». Cyrille apprécie beaucoup la MK2 parce que c’est « une XK 150 à 4 places ». Il ajoute : « c’est d’ailleurs beaucoup plus cher à restaurer qu’une Type E car il y a du bois et du cuir partout dans l’habitacle. La caisse est aussi très sujette à la corrosion et, si on peut changer facilement une tour Eiffel sur une Type E (NDLR : le châssis tubulaire avant qui supporte le moteur et les trains roulants), réparer un châssis de MK 2 est une autre paire de manches ».

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La Jaguar MK2 fait partie des modèles préférés du patron
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« 60 Jaguar Type E en entretien ! »

Vous l’avez compris, l’auto de son cœur, reste la Jaguar Type E. « Elle est si belle et proposait une technologie très en avance sur son époque ». Il connaît parfaitement ses points forts, ses points faibles et surtout ses défauts « agaçants » pour rester poli. D’ailleurs, il en a une soixantaine à l’entretien, ce qui représente une part non négligeable du parc roulant français de ce modèle. Un chiffre qui traduit, à lui seul, le sérieux et l’expertise de la maison.

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La Jaguar Type E ne supporte pas l’à-peu-près en matière d’entretien
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Une clientèle de passionnés

Steel Motors Home ne fait pas de publicité. Sa clientèle s’est constituée par le bouche à oreille, ce qui est plutôt bon signe. « Ce que je trouve le plus sympa, confie Cyrille, c’est le partage de la passion avec les clients. Ça évite aussi les problèmes. Un client passionné va accepter qu’on galère et qu’on ne trouve pas tout de suite la panne, ou qu’on passe des heures pour défaire un boulon rouillé. Le néophyte ne comprend pas forcément. Pour lui, il suffit de changer la pièce et c’est tout ! »

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Il y a environ 400 voitures qui passent chaque année chez Steel Motors Home pour de l’entretien courant mais le plus souvent pour de grosses interventions ou même des restaurations totales. « Nous faisons absolument toute la partie mécanique : moteur, transmission, suspensions, échappement, électricité, etc. nous ne sous-traitons que la carrosserie et la sellerie ». Il y a pour l’instant 4 personnes à l’atelier mais Cyrille confesse : « c’est difficile de trouver du personnel compétent et motivé. Alors, nous formons des jeunes. Au départ, ils ne sont pas forcément passionnés par les anciennes mais ils y prennent goût avec le temps. Il faut aussi reconnaître qu’il y a eu un regain d’intérêt pour les véhicules de collection ces dernières années, même si j’ai le sentiment que ça se tasse un peu en 2019 ».

De toute façon, Cyrille est presque sûr d’avoir un nouveau client l’an prochain : lui !… Pour restaurer la Jaguar Type E qu’il espère s’acheter depuis si longtemps.

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